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Experts (Les) (C.S.I. : Crime Scene Investigation)
Au service de nuit de la police scientifique de Las Vegas, chercher les indices est une religion. Une série fondatrice, qu'on l'aime ou qu'on la déteste, à l'origine d'un sous-genre du procedural, le polar scientifique. Et d'une franchise, avec ses deux spin-off, à Miami et à New York.
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Les vrais Experts
par Guillaume Regourd
Quand à la fin des années 90, Jerry Bruckheimer, nabab hollywoodien producteur de gros machins tels que Armageddon ou Bad Boys, décide de mettre un pied à la télévision, il mise sur le bon cheval. Anthony E. Zuiker est alors un trentenaire sans grande expérience qui relève la mission de lui proposer un concept accrocheur. Selon la légende, c'est sa femme qui lui aurait soufflé l'idée de s'intéresser à la police scientifique en grande fan d'une émission câblée intitulée The New Detectives. Zuiker s'immerge alors dans le quotidien d'une unité de CSI à Las Vegas et façonne le personnage principal, Gil Grissom, d'après le vrai criminologue local Daniel Holstein. Le concept séduit Bruckheimer, un peu moins les chaînes auxquelles le pilote des Experts est présentée. Jusqu'à ce que CBS voit en Grissom une occasion de concrétiser un deal avec l'acteur William Petersen.
Hit instantané
Lancée en 2000, Les Experts est un hit instantané et devient en à peine deux saisons la série la plus regardée de la télévision américaine avec pour ses saisons 3 et 4 plus de 25 millions de fidèles chaque semaine. En France, la série met plus de temps à s'installer mais finit par gagner sa place en prime time où elle écrase la concurrence et devient la machine de guerre de TF1. Partout dans le monde, Les Experts impose le techno-polar comme le genre dominant à la télé inspirant de nombreux imitateurs (Preuve à l'appui, la franchouillarde RIS ou surtout NCIS, qui lui a aujourd'hui piqué la place de show le plus regardé aux Etats-Unis). Le laborantin devient le nouvel archétype du héros de polar. Au-delà des salons, la série trouve aussi écho dans la réalité en contribuant à imposer les techniques de la police scientifique dans le langage courant : désormais plus personne n'ignore ce qu'est l'ADN et l'importance que ses traces peuvent avoir dans la résolution d'une enquête.
Phénomène de société et aussi figure de proue de ce qui devient dès 2002 une franchise (avec Les Experts : Miami puis en 2004, Les Experts : Manhattan), la série originale commence à être un peu victime de son succès. Tout ce qui faisait son charme (une équipe de spécialistes, une réalisation innovante friande de plans en images de synthèse pour s'introduire par exemple dans un corps transpercé par une balle - les fameux "plans CSI" -, le jargon, la photo ultra-travaillé, les scènes gore, les vues aériennes de Vegas, etc...), à force d'être pillé, finit par lasser.
Tarantino et Friedkin à la caméra
Il y a pourtant dans Les Experts de Las Vegas bien davantage que dans ses imitations. Réalisation, écriture, casting : son savoir-faire impressionne. La série sait en particulier soigner ses personnages. Et pas qu'en tenant en haleine plusieurs saisons durant via la romance secrète entre Grissom et Sara Sidle (Jorja Fox). Il y a entre les titulaires de l'équipe de Las Vegas une complicité et un respect enthousiasmants, bien moins évidents dans le reste de la franchise. Grissom est assurément la figure la plus intéressante de l'univers CSI. Cet entomologiste féru de lettres classiques profite en outre de l'interprétation de William Petersen. Lequel a malheureusement choisi de quitter la série au début de la saison 9. Emboîtant en fait le pas à deux autres membres du casting originel, Jorja Fox et Gary Dourdan. L'équilibre de la série s'en ressent même si la production a habilement composé. C'est Laurence Fishburne qui a été choisi pour tenir la vedette.

Laurence Fishburne et William Petersen, le nouveau et l'ancien boss de Las Vegas.
Les audiences ne sont plus désormais ce qu'elles étaient. Les plus grandes heures de la série semblent derrière elle. On se souviendra en particulier d'une saison 5 très riche conclue en fanfare par un double épisode réalisé par un fan de la série du nom de... Quentin Tarantino. Et d'une saison 7 truffée d'épisodes grandioses, pour certains semi-parodiques (Ending Happy, Toe Tags, Living Legend avec Roger Daltrey des Who) suivant en quelque sorte la même évolution que celle connue en son temps par X-Files. Au cours de cette saison-là, l'équipe de metteurs en scène avait cette fois accueillie William Friedkin (L'Exorciste) le temps de l'épisode Coackroaches. Le staff d'auteurs avait surtout bénéficié du renfort de Evan Dunsky (Nurse Jackie) et de Douglas Petrie (Pushing Daisies), depuis partis.
La transition Grissom-Langston semble néanmoins aujourd'hui digérée. Un nouveau cycle s'est vraiment ouvert dont on attend de voir s'il saura permettre à l'une des séries les plus importantes de la décennie 2000 de traverser indemne la suivante.
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