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Sur Ecoute / The Wire
Le crime à Baltimore vu du côté des flics, mais aussi de celui des dealers, des politiques, des enseignants, des journalistes. Une véritable série-monde.
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Dickens en série
Si l’on ne devait retenir qu’une influence pour le chef d’œuvre The Wire, ce n’est ni à la télé ni au cinéma qu’on irait la chercher mais bien du côté des grandes sagas romanesques de Charles Dickens. Cette parenté, les créateurs de la série David Simon (Homicide) et Ed Burns l’assument, jusqu’à même se moquer d’eux-mêmes en faisant se gargariser de l’adjectif « dickensien » les héros journalistes de la saison 5.
Œuvre monde, ample, engagée, maîtresse de la forme feuilleton, The Wire il est vrai est ce qui se rapproche le plus du grand roman du 19e siècle adapté à la télé. Sur Ecoute, c’est Dickens, c’est Balzac, c’est Zola, dans sa façon de dépeindre en quelque 60 épisodes le destin d’une ville, Baltimore, de façon extrêmement réaliste tout en assumant pleinement le statut de métaphore de la société américaine toute entière.

Tout commence en 2002. Les spectateurs de HBO découvrent alors un polar étrange sans réel héros (le point de vue est tantôt celui des flics, tantôt celui des voyous) et aux tenants et aboutissants longs à se mettre en place qui ne verra traitée qu’une seule affaire à l’échelle d’une saison. Complexe à l’envi, l’intrigue évite tout raccourci, s’attarde sur chaque problème de paperasse rencontré par la police (et ils sont innombrables) et ne sacrifie aucun personnage même mineur, au risque de perdre totalement le spectateur occasionnel. Et c’est bien le but. The Wire ne fait aucun cadeau à son public, pas plus qu’à ses personnages, plongés dans une réalité d’une âpreté inhabituelle.
Everything is connected
Le buzz enfle autour de cet ovni que personne ne regarde mais que la critique ne laisse d’encenser. Surprise : au dénouement mi-figue mi-raisin de la première saison, Simon et Burns choisissent de ne pas apporter de rebondissement immédiat en saison 2. Loin des cités HLM de la ville, ils plantent leur caméra dans le port de la ville et introduisent un groupe de nouveaux personnages dockers. Rien à voir ? Le slogan de la série prend au contraire tout son sens : « Everything is connected ». Tout est lié, des docks aux cités, en passant par les couloirs de la de la mairie et bientôt les cours de récréation des collèges (saison 4). Résoudre les problèmes de violence, de drogue, de pauvreté, de chômage ne se fera pas en augmentant le nombre de patrouilles de police dans les rues.
Coup de gueule violent et désespéré contre les politiques de la ville menées pendant les années Bush aux Etats-Unis, The Wire est aussi un manifeste artistique contre le simplisme à la télé et au cinéma, celui que ses créateurs reprochent à trop d’auteurs et en particulier les auteurs de polar. Simon et Burns ne rateront jamais une occasion de dire, en interview et dans la série elle-même, tout le mal qu’ils pensent des Experts et assimilés, mais aussi de The Shield. A ces séries-là, les deux auteurs opposent une narration en couches innombrables, sur cinq saisons qui sont autant de chapitres étroitement dépendants les uns des autres, une profusion de trajectoires individuelles (dont celle magistrale de Jimmy McNulty interprété par Dominic West) et un refus systématique du happy end.
Au final, The Wire est une œuvre magistrale, une somme à la fois ultra-documentée et prodigieusement romancée (notamment grâce au renfort de grandes plumes du roman noir recrutées par Simon : Richard Price, George Pellecanos et Dennis Lehane), remarquablement mise en scène et portée par des acteurs exceptionnels, y compris les amateurs recrutés dans les rues mêmes de Baltimore. Même si la cinquième et dernière saison ne fait sans doute pas tout à fait honneur au reste, surtout après un quatrième exercice brillantissime, The Wire propose parmi les soixante heures les plus indispensables de l’histoire de la télévision. A lire, pardon, regarder, d’urgence si vous êtes passés à côté.
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