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Portraits

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Julianna Margulies (États-unis) :

Le sacre

Le 08/06/1966

Julianna Margulies vient de recevoir un Golden Globe pour son rôle dans The Good Wife. On peut également la voir au cinéma dans la comédie familiale City Island. L’infirmière d’Urgences a franchi un cap. Retour sur vingt ans de carrière.

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Dans son premier film (Out of justice, avec Jason Seagal), au début des années 90, elle jouait le tout petit rôle de Rica, une prostituée qui voulait s’en sortir. Le 17 janvier 2010, Julianna Margulies est montée sur la scène du Hilton de Beverly Hills, pour accepter, des sanglots dans la voix, le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série dramatique. Coiffant au poteau Glenn Close, January Jones, Anna Paquin et Kyra Sedgwick. Ce n’est que justice : avec Alicia Florrick, l’épouse bafouée de The Good Wife, Julianna impose une rage et une subtilité sans précédent dans son parcours d’actrice. 


Célèbre infirmière.

Des débuts à la consécration, vingt ans se sont écoulés, dont six à jouer au docteur avec George Clooney dans Urgences. Avant Carol Hathaway, l’infirmière qui la rendra célèbre, la débutante est abonnée aux polars. Son physique typé, boucles noires sur teint d’albâtre, valent à la New-yorkaise (dont la famille est originaire d’Europe centrale) de jouer les latinas dans Law & Order, Homicide et Philly Heat (le pilote malheureux de Tom Fontana)… En 1994, Urgences confirme la voie sociale et réaliste empruntée par sa carrière. Elle devait y mourir dès le premier épisode, d’une overdose de médicaments, avalés par amour pour l’intenable Doug Ross (Clooney, époque brushing). Coup de chance : les producteurs décident de la sauver et l’Amérique se passionne pour sa romance avec le pédiatre à fossette.

En chef de gang des infirmières en lutte pour leurs droits, le personnage de Carol permet à Julianna Margulies de roder la dominante de son jeu : le pragmatisme. L’actrice, à qui l’on confiera d’autres partitions de femmes fortes résistant à leurs failles, donne sans cesse l’impression de travailler contre les émotions qu’elle va chercher en elle. Au point de côtoyer la froideur, le cynisme et l’entêtement. Cette approche terre-à-terre et cette absence de sentimentalisme lui permettent de remporter l’Emmy du meilleur second rôle en 1994, catégorie dans laquelle elle sera nominée chaque année jusqu’à son départ de la série. En 2000, les adieux récents de son partenaire George Clooney ont raison de sa fidélité au show : après 135 épisodes, elle quitte le navire.

Après Urgences, officiellement comblée par ses engagements théâtraux, Julianna Margulies peine à trouver le rôle qui lui permettrait de faire oublier l’infirmière la plus populaire de la télé américaine. Au cinéma, elle fait une voix dans Dinosaure et des apparitions confidentielles dans des séries B. A la télé, elle revient dans des mini-séries plus ou moins notables, qui lui donnent au moins l’occasion d’aborder d’autres registres : l’heroic fantasy avec Les brumes d’Avalon, le thriller anti-terroriste avec Etat d’alerte (avec Dylan McDermott), ou le fantastique lynchien avec The Lost Room (aux côtés de Peter Krause, photo). En 2004, elle décroche un guest plutôt savoureux dans Scrubs, en avocate aux dents longues. Mais il lui manque un personnage récurrent construit autour d’elle, qui lui donnerait enfin l’aura d’une grande.

Un premier rôle.

Cet épanouissement arrivera en trois temps. Première étape : un rôle marquant dans la sixième et dernière saison d’un chef-d’œuvre, Les Soprano. Avec sa beauté atypique, Julianna a quelque chose d’une ex-marginale réinsérée. C’est ce décalage presque insaisissable qu’elle met au service de Julianna Skiff, agent immobilier toxicomane qui devient un symbole de la fracture entre Tony (à qui elle fait littéralement perdre ses moyens) et Chris (qui replonge dans la drogue avec elle). Deuxième étape, en forme de contretemps : l’échec de Canterbury’s Law, dont elle est à la fois la productrice et la tête d’affiche. L’actrice voulait s’offrir un premier rôle ; mais la série est annulée au bout de six épisodes.Cette mésaventure n’est pas complètement inutile : Canterbury’s Law démontre que le tempérament de l’actrice a gagné en nuance.

Une maturité que Julianna Margulies met aujourd’hui pleinement au service de The Good Wife. En femme d’un procureur rattrapé par un scandale sexuel, qui fait tout pour garder la tête haute, elle dose à la perfection l’humiliation, la colère et la ténacité. Plus que jamais, elle s’autorise à explorer les ambiguïtés de son personnage, là où s’engage la responsabilité de celui qui a été trompé.

Lorsque Julianna Margulies a traversé la salle des Golden Globes, elle s’est arrêtée pour embrasser George Clooney, comme pour saluer leur passé commun. Quelques instants plus tard, face au parterre hollywoodien, l’ex-infirmière, à 44 ans, était souveraine.

City Island, avec Julianna Margulies et Andy Garcia, actuellement en salles.