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Portraits

Acteurs
Gabriel BYRNE (Irlande) :

L'ange ténébreux

Le 12/05/1950

Depuis l'année dernière, Gabriel Byrne, comédien plutôt discret dont on n'attendait plus forcément grand-chose à l'écran, donne toute leur intensité aux séances quotidiennes d'En Analyse. L'occasion de se pencher sur un parcours sinueux.

Aîné d'une fratrie dublinoise de six enfants, ancien séminariste, archéologue, cuisinier et prof de littérature et d'espagnol, Gabriel James Byrne, comme nombre de ses confrères britanniques, est aujourd'hui un Américain d'adoption. Ce qui ne l'empêche pas de rester irlandais jusqu'au bout des ongles et d'être à ce point proche de ses racines qu'il a écrit en 1996 le premier drama en gaélique irlandais (qu'il parle couramment, s'il vous plaît) jamais diffusé sur une chaîne de télé nationale.


Sa vocation d'acteur naît assez tardivement puisque ce n'est qu'à l'aube de la trentaine qu'il se lance dans une carrière théâtrale dans son pays, qui culminera au Royal National Theater de Londres. Puis c'est seulement à 37 ans qu'il débarque aux Etats-Unis (pour y suivre sa future femme, la comédienne Ellen Barkin). A l'écran, Byrne avait commencé à se faire un nom avec le soap irlandais The Riordans, puis au cinéma, en 1981, en incarnant Pendragon dans Excalibur, le chef d'œuvre arthurien de John Boorman.

La véritable reconnaissance viendra bien plus tard avec son rôle dans Miller's Crossing des Frères Coen et surtout celui d'Usual Suspects en 1995. Deux jalons cinéma pas vraiment confirmés par la suite tant sa carrière n'a pas eu le lustre qu'elle méritait, engluée dans de la panouille historique internationale (L'Homme au masque de fer, Le Pont du Roi Saint-Louis), des films de genre souvent dispensables (Stigmata, Assaut sur le Central 13, Le Vaisseau de l'angoisse) et des rôles passés relativement inaperçus dans des œuvres pourtant plus ambitieuses comme le Spider de Cronenberg ou The End of Violence de Wenders. Côté séries, pas grand-chose à se mettre sous la dent non plus avant En Analyse, sinon Madigan Men, une sitcom de 2000 sur un père divorcé qui cherche des conseils pour séduire auprès de son père et de son fils. Le show, où Byrne donnait notamment la réplique à John Hensley, futur rejeton de la famille McNamara dans Nip/Tuck, sera rapidement annulé par ABC en raison d'audiences calamiteuses.


Une carrière un peu en dedans donc, pour celui qui semblait pourtant au début des années 90 avoir l'étoffe d'une star. Mais voilà, le bientôt sexagénaire a tout de même une gueule attachante, du genre beau mais pas trop, et dégage une aura d'intégrité et de maturité matinée de brunitude ténébreuse, qui va comme un gant au psy en proie au doute d'En analyse. Son jeu expressif et intense, mais aussi tout en retenue, sied à merveille à Paul, l'analyste fragile, rassurant et patient qui lui a valu une nomination aux Emmy Awards en 2008. Un profil parfait pour jouer par ailleurs les figures d'autorité, militaires et autres, et les hommes d'église, rôles qu'on lui a beaucoup confiés. Mais le comédien sait aussi se faire trouble et sensuel comme le Diable, qu'il a campé en 1999 face à Arnold Schwartzenneger dans La Fin des Temps. Pourtant, Byrne ne vit pas que pour la comédie puisqu'il fut aussi, on le sait moins, le producteur avisé d'Au Nom du Père en 1998 et qu'il ne cache pas son envie de redevenir un jour enseignant à temps plein, un métier concret, loin des chimères d'Hollywood.