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Décryptage
SHERLOCK HOLMES : Privé de Séries
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Annuaire Sherlock HolmesSherlock Holmes selon Guy Ritchie, avec Robert Downey Jr à la loupe de limier et Jude Law en fidèle Dr Watson, va hérisser les puristes du héros de Sir Arthur Conan Doyle. A commencer par les ayants droit de l’écrivain, mécontents que Downey Jr suggère pendant la promo du film qu’Holmes et Watson soient un couple homosexuel. La bonne hérésie est celle qui donne du sang neuf à un cliché et le Holmes bondissant de Ritchie, amateur de boxe (détail en fait présent dans les livres) et shaman junkie qui invoque plus les solutions aux énigmes qu’il ne les déduit, est une incarnation bienvenue.
Robert Downey Jr, rusé et intense, est pour beaucoup dans cette réussite. La facture de feuilleton touffu, mâtiné de steampunk (ce futur rétro où le comble de la SF sont des machines à vapeur extraordinaires, comme chez Jules Verne ou H.G. Wells), n’est pas sans rappeler Sherlock Hound (1984-1985), ce très joli anime supervisé par Miyazaki, où Holmes et Watson étaient deux chiens anthropomorphes.
Bien sûr, les fans de Doyle citent l’adaptation anglaise (1984-1994) par Granada Television et diffusée sur France 3 comme la transposition définitive à l’écran. Les Aventures de Sherlock Holmes installent Jeremy Brett comme l’interprète le plus mémorable du rôle, très fidèle avec son physique sec et son jeu caressant la névrose. Brett poussera le perfectionnisme jusqu’à négliger sa santé (il meurt d’une crise cardiaque en 1995 à 61 ans), traquant sur le plateau de tournage la moindre nuance de son personnage pendant la pause-déjeuner.

Alimentaire, mon cher Watson
Pour un Brett génial, on compte les choix curieux de casting TV. En 1976, Roger Moore, entre deux James Bond, prit la pipe pour le téléfilm Sherlock Holmes à New York. Un casting doré tout de même, avec Patrick McNee en Watson, le réalisateur John Huston en Moriarty (l’ennemi juré du détective) ou Charlotte Rampling. Mais le jeu tout en sourcils froncés de Moore, s’il reste fonctionnel pour 007, peine à en faire un détective. La même année, c’est Larry "J.R. Ewing" Hagman qui se commet dans Le Retour de Sherlock Holmes, pilote d’une série avortée où un flic un peu simplet se prend pour Holmes après une chute de moto sur la tête. Le voilà sur la brèche avec sa psychiatre, le Dr (Joan) Watson. (Travail) Alimentaire, mon cher Watson.
Plus réjouissant : le Monty Python John Cleese en petit-fils de Holmes dans le téléfilm anglais The Strange Case Of The End of The Civilization As We Know It (1977). Le rôle a beau être parodique, Cleese a au moins la tête de l’emploi (grand, maigre et lui aussi un peu fêlé).
Autre genre d’hommage : le point de vue déplacé. On se souvient avoir vu plus jeune Les Gamins de Baker Street (1983), série british où les héros étaient les Irréguliers, ces gosses des rues que Holmes payait pour faire du boulot d’espionnage. Watson apparaissait pour les sermonner, tandis que Holmes était lui invisible à l’écran, sauf par sa voix.
Hommages et héritage
Un héros chargé d’une telle panoplie (casquette, génie arrogant, célibat endurci), et devenu un classique, se prête à l’exégèse mais surtout au clin d’oeil, à la référence. On peut voir chez Holmes un phénomène littéraire préfigurant la prise de pouvoir contemporaine par les nerds : on parle d’un héros existant du vivant de Doyle chez d’autres auteurs (dont Maurice Leblanc, dont le Herlock Sholmes, némésis d’Arsène Lupin, fut rebaptisé ainsi sur l’insistance de Doyle) et bien sûr après dans nombre de récits apocryphes. Dès 1897, le roman The Pursuit of the House-Boat de John Kendrick Bangs mettait en scène un Holmes déclarant qu’il n’a "jamais, au sommet de sa gloire, approuvé son propre meurtre par son inventeur". Une pique au "Grand Hiatus", ces dix ans (1893-1903) où Doyle n’écrit plus une ligne sur Holmes, l’ayant tué dans la nouvelle Le Problème Final, malgré l’insistance des ner... des admirateurs en manque. Doyle le ressuscitera plus tard, dans un twist genre Les Feux de l’Amour.
Dans les séries TV contemporaines, les hommages à Holmes sont devenues un peu plus subtiles, le héros étant un tel cliché (qui a vu Patrick McNee se prendre pour Sherlock dans un épisode de Magnum ?). Après Star Trek : The Next Generation (les nerds parlent à d’autres nerds) et l’androïde Data balançant entre Baker Street et l’Enterprise le temps d’une simulation holographique, on ne pouvait aller plus loin dans le crossover. Les deux héros les plus holmesiens du jour sont des planqués : il y a bien sûr Monk, dont l’oeil affuté remplace l’intensité de l’original par des TOC en stock et dont l’entourage rappelle les Watson, Mycroft (le frère aîné de Holmes) et Lestrade (l’inspecteur attitré des livres). A chaque époque, sa névrose. Il faut bien sûr mentionner Dr House et son docteur limier, résident de l’appartement 221B et ami du Dr W...ilson. La référence n’est pas si cosmétique puisque l’inspirateur réel du personnage de Holmes selon Doyle n’était autre que son mentor, le Docteur Joseph Bell, pionnier de la médecine légale.

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