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Sur le tournage de Pigalle, la nuit, Episode 2

Générique(s) a suivi pendant six mois le tournage de Pigalle, la nuit (Canal Plus). Cet été, découvrez chaque semaine une nouvelle facette de cette œuvre en compagnie de l'équipe. Cette semaine, suite de l'entretien avec les créateurs.

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Annuaire Pigalle, la nuit

Hervé Hadmar, co-scénariste et réalisateur : Un versant de la série plonge vraiment dans l'onirisme au travers d'un personnage très important, Max interprété par Archie Shepp, qui a vécu un traumatisme à Pigalle il y a quarante ans. De temps en temps, on plonge dans sa tête et on voit des sortes de souvenirs déformés de ce qu'il a vécu à cette époque. C'est aussi là que Pigalle est très différente des Oubliées car plus on avance dans le récit, plus l'onirisme prend de l'importance. On s'est vite rendus compte que pour vivre dans la réalité de Pigalle, il faut se créer un mythe Pigalle dans sa tête, sinon la réalité est trop sordide.

 

"Si Les Oubliées c'est l'obsession,

 

Pigalle, c'est le fantasme." (Hervé Hadmar)

 

Qu'est-ce que Pigalle aujourd'hui ? Où est le rêve, où est la réalité ? De quelle façon a-t-on besoin du rêve pour vivre dans notre réalité aujourd'hui ? Comment a-t-on besoin de la réalité pour ne pas sombrer totalement dans le rêve ? Et la dramaturgie qu'on a mise en place exploite ça. On détruit les codes du polar et du thriller. C'est pas une série de flics.
Dès qu'on commence un projet il y a deux livres que l'on consulte systématiquement avec Marc, c'est le Dictionnaire des symboles et les Analyses des contes de fées. Si Les Oubliées c'est l'obsession, Pigalle c'est le fantasme. C'est une série mélancolique au fond, beaucoup plus rapide que Les Oubliées. Et à l'inverse, c'est très très dense. 

 

Jalil Lespert dans Pigalle, la nuit. 

 

Marc Herpoux, co-scénariste : Et on voulait également faire une série chorale. On ne voyait pas l'utilité de n'avoir qu'une personne au milieu de Pigalle. Au départ, on penchait beaucoup vers le côté pluriel et mélancolique d'un film comme Magnolia puis on est venus petit à petit vers un côté plus dur que l'on trouve chez Scorsese, avec beaucoup de rapports de force, des tensions palpables. La difficulté ensuite, c'est de gérer tous ces personnages. Petit à petit, une mosaïque s'est mise en place de sorte que tous les personnages se répondent. On a travaillé avec des fiches de couleurs pour chaque personnage, pour gérer la pluralité. Comme un tableau impressionniste que l'on compose par épisode. C'est hyper complexe car dès qu'on touche un personnage, on change la trajectoire des autres.

 

 

 

"A Pigalle pendant le tournage, j'ai vu des choses

 

que je n'aurais jamais cru voir." (Hervé Hadmar)

 

HH : On a appris beaucoup de choses sur cette série, aussi bien au niveau de l'écriture que de la réalisation. On tourne en live, dans la rue, avec les gens qui passent. On est dans la vie réelle. Et puis tourner la nuit, c'est dormir le jour ! (rires) Dans ce contexte, c'est pas toujours simple de tourner la nuit. C'est une série un peu gothique. Le jour, ce ne sont pas les mêmes gens. La nuit, il y en a d'autres qui sortent de terre. C'est un film de "vivant-morts" (rires), pas de mort-vivants... ils sont bel et bien vivants mais un peu morts à l'intérieur.

 

Pendant les quatre mois où on a habité le quartier, j'ai vu des choses que je n'aurais jamais cru voir. Je suis allé par exemple à l'Atlas, un cinéma porno à côté du McDo. Quand vous entrez dans la salle, vous voyez des travestis qui "consomment" à la chaîne tous les spectateurs, exactement comme dans le film de Jacques Nolot, La Chatte à deux têtes. Dans ce quartier, les gens sont toujours un peu en décalage avec les autres gens, ceux qui sont dans une vie plus normale. Il y a des choses qui se passent ici qui ne se passent nulle part ailleurs.

 

photo © Tibo & Anouchka / Lincoln TV / CANAL +

 

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