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Entretiens

V.F.

HERO CORP : Simon Astier en interview

L'auteur-réalisateur-acteur vient tout juste de mettre en boîte le deuxième volet des aventures des superhéros de Hero Corp, attendu pour janvier sur Comédie !. Il lève le voile pour Générique(s) sur ce qui attend le téléspectateur et fait le point sur ses ambitions, alors que la première saison sort en DVD.

Comment se présente la saison 2 ?
On arrive avec plus d’ambitions. Les enjeux ne sont plus centrés sur un petit village. La menace pèse de plus en plus sur les personnages. Il y a un vrai méchant qui prend le contrôle du monde et les superhéros vont devoir entreprendre un long exode qui les mènera à un nouveau décor principal, une sorte de grand bunker dans lequel se réfugier. Parce que c’est la guerre. La première saison, on peut la prendre comme un démarrage, une espèce de prequel d’une longue saga, j’espère.

John (Simon Astier) en costume, suivi de ses troupes.

Va-ton en savoir un peu plus sur John ?
On va apprendre beaucoup de choses sur lui, sur ce qu’il était avant, sur ses pouvoirs… Parce que ça reste un peu flou. Mais c’était volontaire, pour créer des attentes. Pour qu’on se rende compte qu’en fait on ne le connaît pas. Il y aura beaucoup de surprises dans la saison 2. 

Qu’est-ce qui a changé dans votre façon de travailler ?
Je vais encore plus loin. A tous les niveaux. J’ai essayé de mettre l’histoire plus en avant. J’ai eu un grand débat avec la chaîne pour savoir ce qu’on pouvait améliorer et j’avais envie de faire une vraie série feuilletonnante. Certains voulaient que ce soit plus drôle. Je voulais davantage travailler sur l’histoire et le fond.

Cela rejoint-il les changements opérés du côté de vos coauteurs ?

Xavier Matthieu s’est fait embaucher chez mon producteur, CALT. Claire Alexandrakis [créatrice, entre autres, de Paris 16e, NDLR] avait vu la série et m’a contacté.  C’est un vrai honneur. Hero Corp, c’est dans ma tête, mais j’ai besoin de quelqu’un à qui me confronter, sinon je suis en huis clos avec moi-même et c’est un peu compliqué. Claire est à l’origine de beaucoup de changements dans Hero Corp. Des choses que j’avais toujours eu envie de faire, que j’avais en moi sauf qu’elle m’a aidé à les concrétiser.

A savoir ?

Dans la structure, elle m’a amené à quitter le classicisme pour mélanger les intrigues, mettre beaucoup plus de tensions dans les épisodes. J’avais un peu des doutes. Je n’ai pas assez de recul. Claire m’a poussé à faire quelque chose qui me ressemble plus.

Klaus (Alban Lenoir), Allen (Maurice Lamy) et Doug (Sébastien Lalanne).

Ce format de 26 minutes inhabituel en France vous commencez à le maîtriser ?
Je sais pas si je le maîtrise, ce n’est pas à moi de le dire, mais en tout cas, après Off Prime et la saison 1, je commence à bien l’aimer et à le connaître. Des séries comme Entourage ou My Name is Earl, qui ne sont plus des sitcoms mais des vraies séries de fiction en 26 minutes ont été une bonne source d’inspiration. Pour moi, c’est mieux que le 52 minutes : le rythme que ça impose permet de structurer quand même 5 ou 6 intrigues comme dans un film mais comme on est fauchés, on peut se permettre de raconter des histoires sans avoir une demande d’ultra gros moyens. C’est vachement agréable.

Il n'a pas augmenté votre budget, en saison 2 ?
Non, on est passé de 30 plans truqués à 200 plans avec des effets spéciaux mais on n’a pas plus d’argent.

Comment faites-vous ?
Déjà, avec l’expérience de la première saison, on a appris à simplifier. La post-production, on la fait dans une petite boîte de pub à Levallois qui a 5 Macs. On centralise. Pour les effets spéciaux, j’ai changé complètement. Là, ce sont des jeunes mecs qui sortent d’école, qui bricolent, ont envie de faire des choses et qui dans 5 ans, seront beaucoup plus chers, inaccessibles. On bricole. Hero Corp, c’est que des bouts de ficelle, des combines.

Votre frère Alexandre viendra jouer les guests, c’est bien ça ?
Il a un rôle de superhéros. Mais j’ai un petit problème avec les guests. Je trouve qu’on voit un peu que ça à l’écran. Toutes les collaborations ont une histoire dans Hero Corp. Pierre Palmade, il a vu HC dans un festival. On a beaucoup parlé et je lui ai écrit un rôle. Pascal Legitimus, c’est un héros de mon enfance. Michel Courtemanche, pareil.

Cette conception du guest et aussi de la façon de recruter les permanents, ça ressemble à ce que fait votre frère. Il y a d'autres choses que Kaamelott vous a apprises ?
J’en sais rien. Les gens s’imaginent pas qu’on a fait autre chose avant Kaamelott. Mais on n’a pas commencé ce métier à la télé. On arrive à la télé par Kaamelott et ça nous ressemble bien. Ce qu’on a en commun avec Alexandre, c’est d’être sérieux, d’avoir le respect du travail. Forcément, on a un ton en commun. Mais dans toute la famille, pas seulement Alex et moi. On se marre avec les mêmes choses. Avec Alex on s’intéresse à des genres pas trop prisés en France. On préfère faire des trucs de superhéros plutôt que des trucs très urbains, très contemporains à Paris.

Il y aussi une même fidélité à un petit noyau de proches. Comment ça se passe votre collaboration avec le cocréateur, Alban Lenoir, avec qui vous avez fait des spectacles, écrit Off Prime ?
Alban, c’est mon deuxième frère. On est vachement proches. On arrive à mélanger ça dans la vie et dans le boulot. J’aime me confronter. Avoir des gens à l’écriture, au montage. Alexandre aime moins faire ça. On rencontre pas que des gens bien intentionnés dans ce métier. J’ai besoin de pouvoir m’appuyer sur des gens. J’ai une tribu qui est très solidaire. Les portes sont toujours grandes ouvertes. A chaque nouveau projet, y a plein de nouveaux qui rentrent.

Hero Corp, ça va aller jusqu’où ?
Là, j’ai en tête les six premières saisons. Sur plusieurs supports, puisqu'on fait aussi la BD. C’est un univers entier que j’ai bâti avant d’écrire. Je veux vraiment aller loin. On fait de la télé. On tient à l’envie. Ça nous va bien. Après, il faut aussi qu’on nous file un peu de moyens. Je ne parle pas seulement de pognon. Parce que tourner en 38 jours…

Elles vous soutiennent bien les deux chaînes coproductrices, Comédie ! et France 4 ?
Oui, contrairement aux grosses hertziennes qui font chier les auteurs, là on a de vraies discussions de fond. On ne parle que de la série. On ne nous présente pas de graphiques avec la ménagère machin. C’est un autre discours.

 Hero Corp Saison 1, DVD édité par Universal Pictures Video. 29,99 euros.

Retrouvez aussi une interview en vidéo de Simon Astier dans l'Hebdo Séries sur le site de Canal + le 17 décembre.