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Entretiens

V.F.

Kaamelott vu par... François Rollin

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A l'occasion de la diffusion dès samedi du Livre VI de Kaamelott, entretien avec François Rollin, interprète dans la saga du fourbe roi Loth d'Orcanie.

Vétéran du one man show (pour lui ou pour les autres en tant qu'auteur et/ou metteur en scène) et de l'humour télé (il est de la première équipe des Guignols de l'Info), François Rollin est surtout connu pour son savoureux personnage du Professeur Rollin qui comme chacun sait "a toujours quelque chose à dire", vu notamment chez Jean-Michel Ribes (Palace). Depuis 2006, il a intégré le casting de Kaamelott campant l'odieux Loth, seigneur fourbe et belliqueux, beau-frère d'Arthur. Un rôle sur mesure, comme toujours chez Alexandre Astier et qui a donné naissance à une collaboration durable entre les deux hommes. Retour sur cette rencontre avant de savourer samedi le retour de Kaamelott pour un Livre VI enthousiasmant.

Comment vous êtes-vous retrouvé embarqué dans l'aventure Kaamelott ?
J'ai découvert Kaamelott par hasard, comme on dit, à la télé. Il y avait un ami à moi là-dedans, Serge Papagalli [qui joue Guéthenoc, ndlr]. Je l'ai immédiatement contacté et lui ai dit : "Je ne connais pas tous ces gens-là mais dis leur que s'ils ont besoin de moi, c’est où ils veulent, quand ils veulent…" C’est ainsi qu’Alexandre Astier m’a appelé.

Vous arrivez au cours du Livre III avec un statut d’invité. Vous dites-vous tout de suite que ce pourrait être un bail à long terme ?
Alexandre a une façon d’envisager Kaamelott presque totalement détachée de toute idée de fric, de plan de carrière, de stratégie marketing. C’est un artisan. Il ne réfléchit pas comme ça, et personne sur Kaamelott non plus d'ailleurs. C’est un tournage sans jalousie débile. Alexandre n'est pas comme ça et a recruté des gens qui lui ressemblent.

Ce fut facile de se fondre dans l’équipe ?
Ben oui pour moi ce fut facile. J'ai reçu un très bon accueil. Dès lors que personne n'est là pour des raisons de notoriété, mais en fonction de son talent, du jeu, c’est facile de s’entendre. On fait notre métier. Quand il n'y a pas d'exigence artistique, ça laisse de la place pour les querelles et les intrigues sournoises. Là, on a un patron qui traite tout le monde avec déférence, on reçoit des textes où il n'y a pas une virgule à changer...

Comment Astier vous a-t-il présenté le personnage du roi Loth ?
Comme de par mes activités j’écris beaucoup et mets en scène, tout ce que j’ai dans les tripes, j’ai plein d’endroits où l’exprimer. Me remettre entre les mains d’un auteur, servir un projet, ce sont des vacances pour moi. Donc je lui ai dit que lui faisais entièrement confiance. Même quand un truc m’étonne un peu, je m'en remets à lui. Je sais qu'il a toujours de bonnes raisons de faire ça. Je suis prêt à être l’instrument de musique.

Alexandre Astier dit écrire pour les acteurs. N'est-ce pas un peu troublant de se voir dans son regard ?
Il a des réflexes d’homme de théâtre : faire avec le matériau humain dont on dispose en grossissant le trait. Alors bon, il aurait fallu que je sois vraiment bien aveugle pour ne pas m’apercevoir que j’avais l'image de quelqu’un d'un peu péremptoire, cynique. Ce n’est ni gênant, ni blessant. Et en même temps, je sais qu’il sait que je ne suis pas le roi Loth. Il ne s'est pas contenté de recopier le personnage du professeur Rollin. Il l’a amené dans d’autres recoins. De toute façon, il raconte son histoire et ne va pas la distordre juste pour tel ou tel comédien. Il module et adapte les personnages mais ce ne sont que de petits arrangements.

Les citations latines dont Loth raffole, il nous a dit que ça lui était venu en vous observant...
Oui oui. (rires) J’avais dû en sortir une, un soir où l'on dînait. Effectivement, je parle latin. Mieux que le roi Loth d’ailleurs (rires).

Comment caractériseriez-vous l’écriture de Kaamelott ?
Extrêmement fluide. Ce qui fait que l’effet comique ne s’annonce pas, n’est pas téléphoné, apparent. Il n’y pas de grosses ficelles. Le rire vient comme il faut : quand on ne l’attend pas. Alexandre ne recherche pas l’effet comique et c’est ça qui est très plaisant. Il raconte une histoire. La drôlerie vient comme ça, à pas de velours. On peut jouer le personnage d’une manière très réaliste, sans clin d’œil, sans chercher à être drôle.

Ca le rapproche en esprit de quelle famille de comédie ?
Cette famille de gens qu’on peut rassembler autour d’une conviction d’artisans. Ces gens qui aiment inventer, rechercher. Pierre Desproges ressemblait à ça, plus que d’autres vedettes actuelles du stand up. Darry Cowl aussi. Comme moi, Alexandre a été élevé dans une lassitude de ces comiques qui cherchent le gag et sont prêts à renier toutes leurs convictions si jamais ça ne fait pas rire. Il y a quelque chose de méprisant là-dedans à l'égard du public. Alexandre a de l’esprit, vraiment, il est cultivé. Il a de l’humour, proprement. Même dans le privé quand il raconte un truc, une petite histoire, c’est drôle. Ce n’est pas drôle comme une blague de fin de banquet où l’on se tape sur les cuisses mais c’est jubilatoire, c’est bien vu, il y a ce petit décalage. C'est le travail de l’humoriste.

L'avenir de votre relation de travail, c'est la trilogie cinéma qui apportera une conclusion à la saga Kaamelott ?
Oui, mais vous savez, Alexandre ne dit presque rien sur les films. Quand on en parle entre comédiens, on se dit qu’on pourrait lui demander mais on se dit aussi qu’on n’a pas trop envie de le faire. Je ne sais pas pourquoi… (rires) Sérieusement, je pourrais apprendre que le film se passe après la mort du roi Loth. Ben zut. On ne sait pas quelle sera l’épaisseur donnée à nos rôles. Mais on est une équipe, on ne va pas lui demander des comptes. On sait qu’il fera ces films un jour et qu’il les fera bien.

Vous collaborez aussi à un ouvrage tous les deux. Vous pouvez nous en dire plus ?
Nous préparons  un livre d’entretiens sur le thème de la transmission. Je voulais répondre à ces questions : qu’est-ce qu’on transmet aux générations suivantes, en tant que citoyen et en tant que créateur ? J’ai réfléchi à qui je pouvais proposer ça et sans trop y croire, je me suis tourné vers Alexandre. Il m’a dit oui sans se poser de questions. J'ai essayé de montrer qu’on peut être humoriste, on n'en est pas moins capable de réfléchir comme créateur, citoyen, père de famille. C'est un tout petit peu militant dans la démarche. On ne pense pas être les plus grands philososphes du pays, ni être les prochains présidents de la république, mais on voulait simplement montrer qu'on peut être saltimbanque et réfléchir à des sujets plus profonds.

Kaamelott Livre VI, à partir du samedi 17 octobre sur M6, 3 épisodes chaque semaine dès 20 h 40.
François Rollin est en ce moment en tournée avec son spectacle Colères et met en scène le spectacle Elles de Jean-Jacques Vanier à La Pépinière Théâtre à Paris.